30.01.2022

Hervé Morin : "Les 8 milliards prélevés sur le dos d'EDF devraient être dans les comptes du candidat Macron"

C'est une décision qui fait des étincelles. Pour limiter à 4% l'envolée des tarifs en 2022, l'Etat, actionnaire principal, a contraint EDF à vendre davantage à prix cassés l'électricité qu'il produit. L'intersyndicale, à l'origine de la grève de mercredi suivie par 42% des personnels, compte entamer des recours juridiques pour contester une mesure qui coûtera près de 8 milliards à l'opérateur historique. Pour Hervé Morin, "le gouvernement […] crée les conditions structurelles de l'affaiblissement d'EDF".

Le JDD : Près de 42 % des salariés d'EDF étaient en grève mercredi pour protester contre la décision du gouvernement d'obliger l'énergéticien à revendre à bas coût l'électricité à ses concurrents. Soutenez-vous ce mouvement?

Hervé MORIN : Oui, car il vise à alerter les Français sur des décisions extrêmement graves pour l'avenir d'EDF et de la France. EDF n'appartient pas à Emmanuel Macron, mais aux Français, à ses actionnaires et aussi à ses salariés. Ce fleuron national est le fruit d'un immense effort que nous avons fourni pour bénéficier du nucléaire. C'est un facteur de compétitivité, car le prix de notre énergie reste moins élevé qu'ailleurs. Compte tenu des perspectives, les besoins en investissements d'EDF dans de nouveaux EPR et dans les énergies renouvelables sont gigantesques : entre 80 et 100 milliards d'euros! Emmanuel Macron porte une lourde responsabilité en termes de politique énergétique et de fragilisation d'EDF, allant aujourd'hui jusqu'à mettre en danger notre souveraineté énergétique. On devrait mettre ces 8 milliards d'euros prélevés sur le dos d'EDF dans les comptes de campagne du futur candidat Macron!

Nous sommes face à un gouvernement qui crame la caisse, non seulement de l'Etat mais aussi des entreprises publiques dont il a la responsabilité

 

JDD : Bruno Le Maire a toutefois prévenu : " Je ne vous laisserai jamais tomber"…
HM : Comment faire crédit à un gouvernement qui, par des décisions successives, a créé les conditions structurelles de l'affaiblissement d'EDF? Les déclarations de Bruno Le Maire, c'est digne des Shadocks : l'Etat se retrouve à combler un trou qu'il a lui-même créé! Contraindre le groupe à vendre encore plus d'électricité à ses concurrents qui n'en produisent pas pour baisser les prix de l'électricité de manière totalement artificielle relève d'un choix purement électoraliste, pris dans l'urgence de la campagne présidentielle au détriment des intérêts stratégiques de la France. Bref, nous sommes face à un gouvernement qui crame la caisse, non seulement de l'Etat mais aussi des entreprises publiques dont il a la responsabilité. Il faut rétablir la rente nucléaire et bâtir une entreprise capable de produire dans vingt ou trente ans de l'énergie totalement décarbonée, la moins chère pour nos compatriotes et l'industrie, d'autant que les besoins en électricité vont doubler.

Face à une dette abyssale, EDF a-t-il encore les moyens de ses ambitions?
Le risque majeur, c'est le déclassement financier d'EDF, qui devra emprunter à des taux plus élevés et ne pourra pas assumer les 80 à 100 milliards d'euros d'investissements nécessaires. Nous payons dix ans de politique erratique en la matière. Les deux dernières majorités au pouvoir ont affaibli une filière d'excellence. Pour des raisons purement politiciennes, la fermeture de Fessenheim par Emmanuel Macron est un scandale, tout comme d'annoncer celle de 14 réacteurs d'ici à 2035. Emmanuel Macron continue de tergiverser : il n'a toujours pas signé l'autorisation de construction des deux nouveaux EPR à Penly en Seine-Maritime. Quinze milliards d'euros de budget et 10.000 emplois sont à la clé, ça n'est pas rien! Ces valses-hésitations contribuent à retarder le redressement d'EDF et de la filière nucléaire française.

La restructuration d'EDF ne peut se faire que dans le cadre d'un véritable élan industriel

Faut-il réactiver le projet Hercule, qui scindait EDF en trois entités et qui a été enterré après une fronde des syndicats et de l'opposition?
Non, cela n'est pas le débat du moment. La restructuration d'EDF ne peut se faire que dans le cadre d'un véritable élan industriel, afin de disposer d'une énergie décarbonée en quantité suffisante et au coût le plus bas possible. Pour cela, il n'y a pas trente-six solutions : il faut s'appuyer sur le nucléaire, les énergies renouvelables, notamment offshore, et l'hydrogène. Dans la vallée de la Seine, près du Havre, nous accueillerons la première usine produisant de l'hydrogène vert. Ce choix est directement lié à la proximité d'un mix énergétique efficace et décarboné. Pour attirer les industriels qui cherchent à mettre sur le marché des produits zéro carbone, nous devons investir dans ces filières stratégiques.

Votre Région dispose de sites nucléaires. Vous avez des intérêts économiques à défendre EDF…
Pour accueillir le nouvel EPR de Penly, j'ai créé un large consensus politique allant des communistes à la droite. Des EPR, il en faudra probablement entre six et dix. Il y en aura donc ailleurs. C'est dans l'intérêt de tout le monde. Nous avons perdu nos compétences et payons à Flamanville les errements politiques de messieurs Hollande et Macron. EDF doit aussi faire le choix de travailler avec des entreprises françaises pour préserver nos compétences et rebâtir une filière industrielle solide ayant de grandes perspectives à l'exportation. Nos compatriotes doivent savoir que si cet hiver le thermomètre affiche 3 degrés inférieurs à la moyenne, de grands consommateurs industriels seront délestés et devront réduire leur activité. C'était même 7 degrés avant!

L'énergie constitue un élément clé de notre souveraineté

Chèque énergie, prime inflation, barème kilométrique… Le gouvernement fait-il assez?
Il y a d'autres moyens pour agir sur les prix de l'électricité. Sur une facture, les taxes représentent 30% et on peut les baisser. On favorise les fournisseurs alternatifs d'énergie et après, certains, comme Michel-Edouard Leclerc qui vendait de l'électricité, demandent à EDF de jouer les pompiers de service. Il faut rebâtir de fond en comble le modèle. On ne peut pas fixer le prix de l'électricité de gros en fonction du prix du gaz. Sur certains secteurs stratégiques, les règles européennes de la concurrence pure et parfaite ne doivent pas s'appliquer. Dans ces domaines, il faut accepter des situations monopolistiques ou de cartellisation, avec des principes de protection particuliers. Il faut aussi rétablir des contrats long terme pour l'industrie. L'énergie constitue un élément clé de notre souveraineté.

Les tarifs des péages autoroutiers vont augmenter. Faut-il les bloquer?
On peut différer une telle décision alors que la question du pouvoir d'achat est devenue centrale. Voilà pourquoi Valérie Pécresse en a fait une de ses priorités.

 

Article du JDD paru samedi 29 janvier 23h05.

(Photo Olivier Roller/Divergence)

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