16.05.2020

[nos élus en action] Cette semaine, Christian Schoettl

Janvry, commune de 600 habitants dans l'Essonne, à 40 km de Paris,
est la seule de France à avoir maintenu son conseil municipal d’installation, à l’issue du premier tour des élections municipales.

Entretien "sans langue de bois'" avec Christian Schoettl son maire (depuis 31 ans !) connu pour avoir un lien quasi fusionnel avec ses administrés et pourlesquels il se dévoue jour et nuit. C'est avec eux qu'il organise chaque année des évenements dignes d'une grande métropole comme le marché de Noël avec ses 110 000 visiteurs ou encore Janvry Plage, installée dans une ferme depuis plus de vingt ans et qui compte 2 800 abonnés.

 

>> On vous a vu sur les tous les fronts pendant cette crise sanitaire : assurer tous les matins la tournée du pain, distribuer masques et équipements, livrer des denrées alimentaires. Cette crise a-t-elle confirmé le rôle essentiel du maire, et notamment du maire dit « rural » ? Vous sentiez un appel au secours de vos habitants ?

Christian Schoettl : "Pas d’appel au secours, mais la certitude que la frontière entre confinement et isolement pouvait être fragile. Pour cela, nous nous devions d’appeler toutes les 48 heures les personnes de plus de 65 ans, nous nous devions d’adresser régulièrement des mails aux habitants ou adresser une version papier à ceux qui n’avaient pas internet. Nous avons mis en place une marché interne sans commerçants et une ligne ouverte à la mairie 24/24. Dès les 15 avril, 2 masques dits de sortie à 20 usages, achetés par la commune, ont été donnés à chaque habitant. Je pense que la peur ou la panique naissent de la solitude."

 

>> Quel regard portez-vous sur la gestion de cette crise par l’Etat ?

Christian Schoettl : "En 31 ans de mandat je n’ai jamais vu dire tout et son contraire avec une telle conviction, là où il aurait fallu de l’humilité et de la transparence, jouer les « Churchil ». On a donné la sensation aux gens qu’on leur cachait des choses, qu’on tentait de dissimuler des erreurs. C’est une faute grave car la parole publique a été remise en cause. Là où il fallait provoquer la confiance, on a créé la défiance. Les gens reparleront de l’épisode des masques bien après le Covid-19. Un peu de bon sens aurait été nécessaire, à mes yeux le pouvoir a perdu le pouvoir."

 

>> Vous faites partie de ces maires qui ont décidé de ne pas réouvrir l’école ? Pourquoi ? Vous parlez même dans votre blog de « mensonge d’Etat ». Expliquez-nous.

Christian Schoettl : "Mensonge d’Etat car on n’a pas réouvert l’école. On ne peut pas dire qu’une école est ouverte quand moins d’un quart des élèves reprennent le chemin de l’école. Certains groupes scolaires ont accueilli 8 enfants, là où l’effectif est habituellement de 280.  On ne peut pas parler d’Education Nationale mais d’une garderie aux consignes sanitaires folles et irréalistes. Rappelez-vous, la fermeture des écoles a été le premier acte du gouvernement au moment du confinement, car considérées à l’époque comme le principal lieu de transmission du virus. Le conseil scientifique désapprouve formellement cette réouverture et impose 65 pages de consignes ahurissantes. Et comme cela ne passe pas, on nous produit une « nouvelle » étude qui dit que les enfants ne sont ni porteurs ni vecteurs …on croit cauchemarder !"

 

>> Vous êtes probablement le seul maire de France à avoir été officiellement installé dans vos fonctions, le 21 mars dernier. Le Préfet avait-il validé votre installation ou devez-vous la refaire ? Pourquoi avoir été si vite ?

L’élection du maire des adjoints et des différents délégués à l’EPCI et syndicats intercommunaux s’est déroulée dans les délais prévus par loi en vigueur le 17 mars. Nos parlementaires se sont écharpés sur un projet visant à repousser l’élection du maire et des adjoints à plus tard, mais 48 heures après les délais imposés. Nous avons donc respecté la loi et le Préfet m’a donné acte de la parfaite légalité de la procédure, au point que la loi votée dans l’urgence a prévu notre cas qui est unique en France dans son article 19.

Il est encore une fois ahurissant d’avoir convoqué les électeurs pour le premier tour et en même temps d’avoir pensé que réunir des conseillers municipaux dans un gymnase huis clos et à bonne distance constituait un péril sanitaire. A contrario, on observe que le gouvernement depuis le début de cette épidémie s’appuie sur les maires et les élus locaux et on a envie de lui dire qu’il aurait mieux valu avoir des conseils municipaux en ordre de marche.

 

>> Janvry est connu pour son dynamisme évènementiel avec un village de Noël à faire pâlir ceux des grandes villes et qui attire chaque année des milliers de visiteurs, des pistes de ski l’hiver et une plage l’été… Quels sont vos prochains projets ? La crise du Covid-19 va-t-elle vous obliger à repenser ces évènements ?

Il n’y a pas de manuel de la bonne gestion du Covid. Je prépare ma plage pour cet été. On verra si elle voit le jour mais en tout cas une chose est sûre, la période s’annonce rude pour les centaines d’artisans qui en dépendent.

 

>> De façon plus personnel, quelles leçons tirez-vous de cette crise sanitaire et économique ?

Je vais être indécent : mais nous vivons une époque passionnante car, confronté à nous-mêmes, c’est un défi permanent au bon sens du terme.  C’est d’ailleurs souvent l’impérative obligation de ne pas écouter le politiquement correct. En tout cas, ce sont des moments très forts pour un maire dans sa relation avec ses administrés.

Les Centristes - NJ - 15 mai 2020

 

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