16.05.2020

LA GRANDE INTERVIEW avec Frédéric Leturque

LA GRANDE INTERVIEW avec Frédéric Leturque
Maire d'Arras
1er Vice-Président de la Communauté urbaine d'Arras 
Conseiller Régional des Hauts de France, Président du Comité Régional de Tourisme des Hauts-de-France 
Membre du Conseil d'Administration de la Fédération Hospitalière de France (FHF)
Secrétaire général de l'association d'élus "Villes de France" 
Vice-président de l'Association des Villes Universitaires de France (AVUF)
 

 

>> Voici 7 jours que le déconfinement a débuté, quelle est votre première analyse ? 

Frédéric Leturque : Globalement, le déconfinement se passe bien. Les habitants ont rapidement compris qu’il n’était pas synonyme de libération et de retour à la vie d’avant. Chacun a compris qu’il avait une part de responsabilité dans la réussite de ce déconfinement progressif, d’autant plus dans un département classé rouge comme le nôtre. L’étau de l’isolement se desserre mais le respect de la distanciation et des gestes barrières est plus que nécessaire. Selon les métiers, les modes de vie… chacun a le devoir de protéger l’autre. C’est une redoutable mise à l’épreuve pour la communauté française et le vivre ensemble.

Nous poursuivons la gestion de cette crise dans l’écosytème positif qui fait l’ADN de notre territoire. Tous les acteurs se sentent concernés et mobilisés. Au niveau de la mairie, le plan de reprise d’activités a succédé au plan de continuité des services. J’ai la chance de pouvoir compter sur des équipes pleinement engagées.

 

>> Vous faites partie des maires qui ont prôné le retour à l’école. Pourquoi ? Et quel premier bilan pour Arras ?

Frédéric Leturque : Prôner est un grand mot. J’ai surtout voulu ouvrir toutes les écoles de la ville avec un mot d’ordre : garantir une organisation sécurisée qui intègre l’urgence sanitaire. Nous avons privilégié le sur-mesure, en travaillant avec l’ensemble de la communauté éducative et en prenant contact avec l’ensemble des parents.

Pendant le confinement, nous avions mis en place dans une école de la ville un accueil des enfants des personnels soignants dont nous avons tiré bénéfice pour la réouverture de l’ensemble des écoles.

La reprise s’est faite en douceur comme nous le voulions. Environ 10% des élèves ont fait leur retour en classe au cours de la première semaine de reprise.

Je respecte bien entendu le choix des familles, j’entends les craintes et les inquiétudes. Cependant, je reste vigilant pour que l’école de la République, celle qui fait société et communauté, garde tout son sens. Ce n’est pas simple en ces temps troublés. Je ne voudrais pas que nous sacrifions l’avenir et l’éducation de nos enfants sur l’autel du principe de précaution. Soyons responsables, faisons parler le bon sens et mettons en œuvre des solutions adaptées pour le bien des enfants.

Quoi qu’il en soit, je tire un grand coup de chapeau aux équipes éducatives qui ont fait preuve d’une capacité d’adaptation remarquable.

 

>> N’avez-vous pas trouvé trop lourd et contraignant ce fameux cahier des charges sanitaires de plus de 60 pages ? Comment avez-vous fait pour l’appliquer à la lettre ?

Frédéric Leturque : Il est lourd et précis mais nous aurions certainement reproché qu’il en soit différemment. Nous avons décliné ce protocole école par école, en tenant compte des lieux, des ressources humaines disponibles mais aussi et surtout du ressenti des équipes éducatives.

 

>> Avez-vous réussi à obtenir des masques pour vos habitants ? 

Les masques sont un sujet de préoccupation légitime des habitants. Grâce aux achats de la Communauté Urbaine et de la région Hauts-de-France que je remercie, nous avons pu distribuer 4 masques jetables par habitants cette semaine et nous serons en mesure d’en remettre 2 lavables supplémentaires par habitant au cours des deux prochaines semaines. Nous sommes aussi aux côtés de la région qui veut pérenniser une filière de production locale.

 

>> Sur une ville comme Arras (41 000 habitants - 130 000 habitants sur la communauté urbaine) quels sont vos points de vigilance pour un bon déconfinement ?

Il convient de rester bien organisé, en lien permanent avec les institutions du territoire. Nous avons la chance à Arras que l’écosystème fonctionne bien.

Mais il faut surtout être à l’écoute des habitants, aller vers eux, prendre sans cesse de leurs nouvelles, répondre à leurs préoccupations. Nous avons par exemple passé près de 50 000 appels téléphoniques pendant le confinement pour rompre l’isolement de nos aînés. Nous avons aussi mis en place des distributions de paniers alimentaires et des remises de matériel informatique pour s’attaquer aux problématiques de carences alimentaires et numériques, et nous poursuivons ces actions.

Enfin, il faut être aux côtés des acteurs économiques qui font la vie et la richesse du territoire. Nous avons mobilisé des moyens, aux côtés de la région et de la communauté urbaine. Nous avons aussi réalisé une guide de reprise pour les accompagner dans les jours et semaines à venir.

 

>> Plus généralement quelles leçons tirez-vous de cette crise sanitaire pour la future "gestion'' de votre ville ?

J’en tire comme leçon que la proximité n’est pas un vain mot. Je retiens aussi que l’être humain possède de formidables capacités d’adaptation, de résilience et que la solidarité entre habitants est bien souvent exceptionnelle.

Sur le fonctionnement de nos collectivités, nous devons avancer sur le volet dématérialisation, télétravail…

Je retiens aussi que les solutions sont souvent locales. Le couple maire-préfet fonctionne bien dans cette crise mais il fonctionnait déjà bien avant. Sachons tirer les conséquences qui s’imposent.

Enfin, et il s’agit peut-être de considérations plus philosophiques mais cette crise nous renvoie à l’essentiel. Il faut considérer que l’homme ne peut pas simplement s’attacher aux problèmes qu’il peut résoudre mais qu’il doit s’accorder avec le naturel. Pour se rassurer, il faut un retour aux sources, un retour au localisme et nos villes doivent intégrer cela. 

 

>> Et d’un point de vue économique et social ? On a peu parlé, par exemple, des étudiants qui ont souffert lors de cette crise.

Il convient d’apporter de l’attention à tous. Personne n’est épargné par cette crise, que ce soit physiquement, moralement, socialement ou économiquement. Nous avons en effet peu parlé des étudiants alors qu’ils vivent aussi une période très difficile. L’ Association des Villes Universitaires de France (AVUF) présidée par Catherine VAUTRIN et dans laquelle je suis Vice-président s’est attachée à travailler à des sujets majeurs : stages des étudiants, priorité aux étudiants dans les emplois saisonniers, recensement des jobs d’été… Je ne doute pas que ce travail portera ses fruits.

 

>> Votre réaction au plan de relance du tourisme présenté par le gouvernement ?

C’est un plan de réparation national massif et utile qui permettra de sauver ce qui peut encore l’être. Il devra nécessairement s’accompagner de plans de relance au niveau régional et territorial.

En tant que Président du Comité régional du Tourisme des Hauts-de-France, j’ai engagé un travail collectif avec la région et l’ensemble des acteurs du tourisme pour travailler à ce plan de relance. Nous avons aussi mené une étude pour mesurer les attentes des habitants qui sont de 4 ordres : reconnexion à la nature, bien-être, activités ludiques en famille et découverte de patrimoines locaux. La région Hauts-de-France, qui avait misé sur le bien-être, a une formidable carte à jouer.

Dans le plan de relance régional, je défends l’idée d’un chèque tourisme pour les habitants qui permettrait d’offrir du ressourcement aux habitants tout en relançant l’économie touristique régionale.

 

>> Le Covid-19 aura-t-il un impact sur les finances locales de la ville ? Comment allez-vous combler le manque de ressources financières ?

L’impact sera lourd. On l’estime déjà à 2,5 millions d’euros. C’est considérable pour une ville comme la nôtre mais je ne pense pas que nous fassions exception dans le paysage des collectivités locales. Il est impératif que l’Etat prenne des décisions fortes pour ne pas laisser les collectivités dans le coma suite à cet épisode. Je suis attentif à la mission Cazeneuve. Je défends l’idée de pouvoir passer en section d’investissement les dépenses Covid et la possibilité de les lisser sur plusieurs exercices. La proposition de François Baroin me convient également bien entendu. Il faut quand même se souvenir que les collectivités représentent 70% de l’investissement public et les emplois qui vont avec !

 

>> Pour les hôpitaux, et plus généralement pour la santé, de nombreuses voix réclament plus de décentralisation. François Baroin défend même d’idée d’un « transfert de compétences d’une partie du bloc santé notamment pour pouvoir investir dans les hôpitaux ». Philippe Vigier propose de supprimer les ARS et les remplacer par des directions départementales de la santé publique, placées sous l’autorité du préfet. D’autres encore parlent de task force (préfets, villes, départements, régions…) pour plus de réactivité. Quand pensez-vous ? Je rappelle que vous êtes membre du CA de la Fédération Hospitalière de France

Il y a certainement un gros chantier à mener sur le sujet. Les leçons de cette crise doivent être tirées. Il convient certainement de s’interroger sur la question des compétences, sur les ARS et sur le renforcement du rôle de préfet de département.

Au-delà de cela, l’urgence est la mise en place des communautés professionnelles territoriales de santé. Il faut travailler sans attendre à la mise en place d’une meilleure coordination des professionnels de santé à l’échelle d’un territoire et à structurer les parcours de santé. La relation ville-hôpital est un enjeu majeur sur lequel je suis pleinement investi.

 

Les Centristes - NJ - Samedi 16 Mai 2020

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