25.01.2019

Hervé Morin : "Laissons une chance au Grand Débat"

Hervé Morin était à Nîmes, jeudi 24 janvier à l’invitation d’Yvan Lachaud, le président de Nîmes Métropole. Il a rencontré des chefs d’entreprise. Avant, il a fait une halte à MIDI LIBRE
 

En France, l’actualité est marquée par le mouvement des “gilets jaunes”. Comprenez-vous leur colère ?

J’ai soutenu leurs causes dès le premier jour. Quand j’ai rencontré mes copains d’école, les artisans, les commerçants, j’ai vite saisi que le gouvernement ne comprenait rien à ce que représentait ce mouvement. Il est nourri d’une erreur qui vient, certes, de loin. Mais qui s’est exprimée à ce moment-là car le quinquennat s’est arrêté à la France de la mondialisation, en oubliant la passion égalitaire des Français.

Les choses ont ensuite dérivé. Depuis un mois, je dis stop. Mais laissons une chance au grand débat. Ce qui compte aujourd’hui, c’est l’utilité du quinquennat et le retour à la paix. Si, en avril-mai, ce n’est pas le cas, il faudra dissoudre l’Assemblée nationale.

Vous demandez, comme d’autres, que les corps intermédiaires reviennent au cœur de la décision. Vous sentez-vous laissé de côté ?

Si toutes les sociétés du monde sont bâties sur les corps intermédiaires, ce n’est pas par hasard. Il n’y a pas un pays au monde qui n’en a pas, sauf les dictatures, ce que nous ne sommes pas. Nous sommes plutôt dans une monarchie républicaines. Les corps intermédiaires ne sont pas des freins mais des catalyseurs. Ils sont une partie de la démocratie représentative.

La première réunion entre le chef de l’État et les élus dans le cadre du grand débat national s’est déroulée dans votre région. Qu’en avez-vous retenu ?

Une grande capacité de séduction du Président. À chaque fois que je le vois je suis séduit, mais j’ai du mal à y croire. Il est toutefois nécessaire de continuer à bâtir ce dialogue.

Quel est votre sentiment sur le grand débat ?

Je suis interrogatif sur la notion de cahier de doléances. Ca recèle l’idée selon laquelle nous serions dans un système de vassalité. Il y a là l’expression d’un schéma où on attend tout du chef de l’État. C’est une des faiblesses du système français qui amène à tant de déceptions, Président après Président. Ce débat est un formidable vecteur d’expression, mais il ne faut pas qu’il soit déceptif. Sinon on va vers le chaos.

Sur quoi peut-il déboucher ?

Il va falloir déboucher sur le champ démocratique et pas seulement sur le Référendum d’initiative citoyenne. Il pourrait déboucher aussi sur plus de libertés locales. Je défends l’idée d’une conférence territoriale et sociale réunissant patronat, syndicat et territoire afin de déblayer les sujets qui reviendront et au sein desquels il y a des contradictions gigantesques. Il faudra bien un lieu pour pointer les priorités et donner à l’exécutif la capacité d’avoir un dialogue avec des hommes et des femmes représentatifs.

Recueilli par Frédéric Prades

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