02.05.2020

Hervé Morin : "Je ne compte pas rouvrir les lycées normands début juin."

 

Retrouvez l'interview qu'Hervé Morin a accordée au journal Le Parisien sur la reprise de l'école pour les lycéens.

 

Le président centriste de la région Normandie étrille le gouvernement sur le déconfinement des élèves. Il annonce qu’il s’opposera à une éventuelle réouverture des lycées au mois de juin.

 

Hervé Morin, président de la région Normandie, ne mâche pas ses mots sur le plan de déconfinement et appelle les lycéens à ne pas retourner en classe avant septembre. Pour lui, « c'est créer des risques épidémiques pour si peu, d'autant que beaucoup de jeunes prennent le transport scolaire ». Pour rappel, les régions sont responsables des murs des lycées, de la restauration et du transport scolaire.

 

Pensez-vous que le plan de déconfinement soit réalisable dans l'Éducation nationale ?

HERVÉ MORIN. Non. Au nom de la lutte contre le décrochage scolaire, Emmanuel Macron annonce le retour à l'école le 11 mai. Son discours est ruiné quelques jours plus tard car le gouvernement précise que la scolarité sera facultative, ce qui engendrera de grandes inégalités : une première depuis Jules Ferry ! Les enfants qui n'ont pas suivi les cours durant le confinement ne seront pas ceux qui reviendront le plus naturellement à l'école le 11 mai. Il eut été plus sage de reprendre l'école en septembre comme le préconisait le Conseil scientifique. Certes, l'essentiel, c'est la reprise de la vie économique du pays. Mais les élus locaux et les services de l'État consacrent une énergie gigantesque pour dans le meilleur des cas 12 jours effectifs de classe pour les CP et les CM2 (là où c'est probablement le plus légitime), et 6 à 8 jours pour les collégiens (puisqu'il s'agit de demi-classes). Il est plus simple d'ouvrir les centres de loisirs, les garderies pour les parents qui n'ont aucune solution de garde, comme on l'a fait pour les enfants du personnel de santé.

 

Cela veut dire que vous appelez les lycéens à ne pas retourner en classe avant septembre ?

Oui. Si l'on doit organiser des classes réduites de moitié pour respecter les distances de sécurité sanitaire, rentrer au lycée début juin, avec des conseils de classe avant le 12 juin, cela revient pour les lycéens à quelques jours de cours utiles ! À l'exception des besoins liés à des diplômes ou des problématiques particulières (examens, groupe de décrocheurs prêts à revenir ou première année de prépa), je ne compte pas rouvrir les portes des lycées normands début juin. C'est créer des risques épidémiques pour si peu, d'autant que beaucoup de jeunes prennent le transport scolaire, pour lequel nous ne sommes pas capables de mobiliser des bus ou des chauffeurs supplémentaires. Pour assurer au maximum la distanciation sociale dans tous les bus, il faudrait être, me disent les médecins, plus près de 25 % que de 50 % de taux de remplissage. Impossible si l'on transporte tout le monde !

 

Même pour les lycéens volontaires ?

Les 100 000 lycéens pourront continuer à poursuivre leur cours grâce aux écoles numériques. Pour eux, il n'y a pas de problème de garde ! On a observé, en Normandie, jusqu'à 160 000 connexions quotidiennes et les professeurs ont beaucoup fait pour les suivre, même durant les vacances. On sait, en outre, que les lycéens sont aussi contagieux que les adultes. L'urgence est de se préoccuper de la rentrée de septembre.

 

C'est-à-dire ?

Si le virus circule encore, il faudra pousser les murs des écoles, des collèges et des lycées, construire de nouveaux modèles d'enseignements, bâtir des horaires adaptés aux contraintes sanitaires et de transports (il faut 9 mois pour acheter un car), ce sont des investissements gigantesques auxquels s'ajoutent des coûts de fonctionnement considérables pour le nettoyage des écoles, la surveillance des enfants… Il est temps que l'État sonne la mobilisation générale pour le moment où tous les jeunes Français retrouveront le chemin de l'école, c'est-à-dire en septembre. Il faudra le concours financier de l'État compte tenu de l'explosion prévisible des dépenses scolaires.

 

La non-réouverture des lycées en juin est une décision de l'ensemble des régions ?

Non, c'est une décision qui m'appartient. Mais je demanderai, dès lundi, à Renaud Muselier, le président de Régions de France, que nous en discutions.

 

Source : Le Parisien

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