09.12.2018

Hervé Morin : « Renouer le lien de confiance. »

 

La crise politique et sociale que traverse notre pays est le fruit d’années de frustration et de déception, exacerbées par dix-huit mois de déconnexion et de mépris, dix-huit mois d’une politique hors sol, dictée par une vision centralisatrice du pouvoir et des petites phrases polémiques. Elle est l’expression d’une France fracturée.

 

Une femme “gilet jaune” m’a récemment déclaré : "Nous étions tout d’abord en colère, puis nous étions énervés et, face à l’incapacité du pouvoir de nous entendre, nous sommes devenus enragés." La violence, intolérable, inexcusable, observée la semaine passée ne doit pas occulter la difficulté et le désarroi de nos compatriotes. Le chef de l’État et le gouvernement doivent d’urgence renouer le lien de confiance avec les Français, lien qui s’est totalement distendu.

 

Ils doivent retrouver la confiance et la considération des Français blessés par ces petites phrases prononcées depuis mai 2017 : les "fainéants", les "Gaulois réfractaires", la comparaison entre "les gens qui réussissent et ceux qui ne sont rien" ou encore ce conseil "de traverser la rue" pour trouver du travail. L’échec d’Emmanuel Macron est si préoccupant qu’il est évident que les grandes transformations du pays qui étaient annoncées pour la deuxième partie du quinquennat ne seront jamais amorcées. Le risque de voir arriver dans notre pays une coalition à l’italienne rassemblant un mouvement du type 5 étoiles et l’extrême droite n’a donc jamais été aussi grand. Pour éviter ce qui mènerait notre pays à son effondrement, il faut repartir d’un nouveau pied.

 

De toute évidence, l’annulation pour l’année 2019 des taxes sur les carburants, les mesures sur le contrôle technique, l’électricité et le gaz sont insuffisantes. Il est donc temps de redonner du pouvoir d’achat car ce que veulent simplement les “gilets jaunes”, c’est vivre de leur travail.

 

Cela passe par des mesures soutenant les Français les plus modestes. Je pense par exemple à une baisse des cotisations sur les revenus les plus faibles pour augmenter les salaires nets, mais aussi à une revalorisation des petites retraites et la fin de leur désindexation.

 

Il est également temps de répondre à l’aspiration d’une démocratie renouvelée. Cela passe par le choix de la proximité dans l’exercice du pouvoir et donc plus de place faite aux acteurs locaux, aux corps intermédiaires et moins de verticalité. Cette monarchie républicaine à la française, où toutes les décisions sont prises par un seul homme, nos compatriotes n’en veulent plus. Enfin, il est temps de mettre fin à ce sentiment d’abandon que ressentent les Français de nos campagnes.

 

La France est aujourd’hui le pays du monde occidental où les impôts sont les plus élevés et pourtant les services publics s’éloignent. Il faut par conséquent un moratoire sur leur fermeture.

 

Les Français ne veulent plus que le sort de leur pays soit déterminé par des technocrates qui sont les mêmes quelles que soient les majorités. Il est d’ailleurs fascinant de constater que les leaders d’En Marche sont tous issus de la même fabrique : Paris et les grandes écoles.

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