11.04.2020

François Werner : "Nous avons pris la décision d’une initiative de grande ampleur à caractère solidaire pour accompagner les plus vulnérables."

 

François Werner, maire de Villers-lès-Nancy, commune de 15 000 habitants en Meurthe-et-Moselle, est également vice-président de la Métropole du Grand Nancy et vice-président du conseil régional de la région Grand Est. Il nous livre son témoignage de maire d'une ville située dans la région la plus touchée du pays.

 

Votre commune est-elle particulièrement touchée ?

La crise sanitaire que nous traversons, nécessite une vigilance toute particulière sur un territoire comme celui de Villers-lès-Nancy. La population senior y est plus importante que dans les autres communes de la Métropole, avec 25% de personnes âgées de plus de 65 ans, contre 17% en moyenne.

 

Depuis deux ans nous avons proposé une vaste réflexion puis un programme ‘‘Bien Vieillir à Villers’’ qui s’attache, en temps ordinaire, à développer des actions spécifiques pour cette population autour de problématiques de logement, de transports, d’activités associatives et d’animations, de parcours de soins et d’accompagnement.

 

Dans le contexte de la crise du COVID 19, cette anticipation nous donne notamment un atout de la connaissance des publics.

 

Concrètement, depuis le signalement qu’avez-vous fait ?

Nous avons été alertés par le corps médical dès la mi-mars dernier sur le fait que les seniors pouvaient se mettre en danger en allant faire leurs courses alimentaires, ou en allant acheter leurs médicaments à la pharmacie.

 

Dès le 1er jour du confinement, nous avons pris la décision d’une initiative de grande ampleur à caractère solidaire pour accompagner les plus vulnérables, en répondant à leurs besoins et à leurs attentes.

 

Autour d’un élu coordinateur, un groupe de vingt volontaires ‘‘référents seniors’’ a commencé un travail de fourmi visant à repérer les personnes en situation de fragilité potentielle, à les appeler régulièrement, à signaler leurs difficultés et à mettre en place les services adaptés à leurs situations.

 

Le Pôle Sénior de la Mairie, avec plusieurs personnes dédiées au projet, regroupe les signalements et les traite, et met aussi en place des services tels que le portage de repas pour ceux qui le souhaitent. Les élus référents proposent par ailleurs aux seniors qui le désirent un service de portage de course à domicile.

 

Ce service de portage de courses s’appuie sur un groupe de 33 bénévoles de la commune et sur des accords passés avec des supermarchés qui ont accepté un paiement différé des courses alimentaires, voire une participation à la préparation des commandes dans certains cas.

 

Étant à proximité d’un grand centre hospitalier régional, une école a été réquisitionnée pour pouvoir accueillir les enfants des personnels soignants. Une crèche municipale est prête, en cas de nécessité à entrer en action également.

 

Et, en chiffre ?

1302 personnes âgées de plus de 75 ans ont été approchées dans le cadre de ce projet, dont 823 de plus de 80 ans et nombre d’entre elles bénéficient désormais du service de portage de courses, contribuant grandement à leur sécurité. Mais ce qu’elles disent toutes apprécier le plus, c’est la chaleur du lien humain régulier avec les référents.

 

La commune, dont les services demeurent très mobilisés, a par ailleurs pris de nombreuses initiatives en partenariat avec la Métropole, tel que le portage de colis d’alimentation avec la Banque Alimentaire et désormais avec les Restos du Cœur, l’organisation de la garde des enfants des soignants du CHU, le transport des personnels d’EPHAD. Ce mouvement est aujourd’hui amplifié par des commerçants qui livrent le pain à domicile et par l’ensemble des pharmacies qui apportent les médicaments aux malades.

 

Quel regard portez-vous sur l’action du gouvernement ?

Tous les acteurs publics sont sur le front et à tous les niveaux : sanitaire, social et économique. De la métropole à la région en passant bien sûr par l’État. L’effort est immense. Celui du secteur public est indéniable et remarquable. Je n’oublie pas non plus le secteur associatif et privé : hôpitaux, grandes distributions, services à la personne… Nous pouvons constater une réelle solidarité nationale. Avant d’évaluer les manques, je me permets de souligner cet extraordinaire élan.

 

Aujourd’hui, il est difficile de juger l’efficacité du dispositif global ou plus spécifiquement gouvernemental. Très concrètement, à notre échelon, notre travail prospectif se concentre sur la reprise de l’activité économique mais aussi sociale. Quel système de garde pour les enfants ? Quel lien avec les personnes en fragilité ?  Quel temps de fêtes pour refaire lien ?

 

D’ores et déjà, nous engrangeons des pistes d’amélioration face aux situations de crise. Par exemple, selon un principe de subsidiarité, les collectivités territoriales auraient besoin d’accéder plus facilement au numéro de téléphone des personnes les plus fragiles. Un temps précieux serait économisé pour éviter de laisser des personnes seules au bord du chemin.

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