09.12.2019

Charles de Courson : "Le schéma sur les retraites que je propose respecte le passé, les droits acquis et l’histoire sociale française."

 

Dans un entretien avec le magazine L'Union, Charles de Courson décrit son plan pour réformer les retraites.

 

Charles de Courson a publiquement pris position sur le dossier des retraites. Le parlementaire défend l’idée d’un régime unique par points avec extinction des autres régimes. Le député de la Marne s’oppose à la réforme voulue par Emmanuel Macron et Édouard Philippe. Il n’est pas étonné de voir les Français dans la rue. Son idée reprend le texte de François Fillon en 2003. Charles de Courson prône ainsi l’allongement de la durée de cotisation et une part de retraite par capitalisation.

 

Dans Nos Territoires, le mouvement participatif fondé par Hervé Morin, vous avez décliné le 6 décembre votre vision du système de retraites de demain. Comment le résumeriez-vous ?

Ce qui est profondément injuste dans le système existant, c’est que coexistent 42 régimes différents en réalité. Plus le régime est avantageux, moins il est financé par les bénéficiaires. Il l’est par l’impôt ou des rentes de monopole, la Banque de France ou EDF par exemple. Tout ceci accentue les inégalités entre Français.

 

Que proposez-vous en échange ?

Ce que j’ai toujours proposé au nom des Centristes : il faut un régime unique pour tous les salariés du public et du privé sur la base du régime général. Cela comprend la mise en extinction de tous les régimes, c’est-à-dire ceux des trois fonctions publiques (État, territoriale, hospitalière), de la SNCF...

 

Vous êtes pour la fin des régimes spéciaux ?

La mise en extinction veut dire que tous ceux qui en bénéficient conservent leur statut qui ne s’applique plus aux nouveaux entrants. Ils sont au nouveau régime, général avec complémentaire. Transformer le régime de base en un régime unique à points est possible. Il restera à dire aux indépendants, exploitants agricoles et artisans/commerçants de choisir leur régime. Ou ils gardent le leur ou ils adhèrent au nouveau. On sait que les professions agricoles quitteront leur régime, pas les indépendants dont le système est à l’équilibre.

 

Il y a comme une fin des régimes spéciaux quand même...

La mise en extinction ne veut pas dire la fin, cela veut dire les réformer pour les rapprocher du régime général. Le système bascule en un tiers de siècle, en 33-35 ans environ. Et 75 % des Français seraient satisfaits. Il faut dire et répéter aux citoyens que, si on veut maintenir le pouvoir d’achat des retraités, il faut poursuivre la réforme Fillon (2003), celle qui recule l’âge de départ à la retraite d’un trimestre par an. Cela correspond au gain d’espérance de vie. Depuis une décennie, la perte de pouvoir d’achat est de 1% par an pour les retraites. Si on ne change rien, il y aura des tensions croissantes entre actifs et retraités.

 

Recul de l’âge du départ à la retraite, régimes spéciaux... votre position, à première vue, semble se rapprocher du texte que semble vouloir adopter le gouvernement ?

Elle est très différente. La mission Delevoye propose un 43e régime et on veut y faire basculer tout le monde. Ce système universel est contradictoire. Ils pénalisent les familles nombreuses, ceux qui ont peu de primes dans la fonction publique comme les enseignants. En revanche, ceux qui ont beaucoup de primes, et qui sont généralement le mieux payés, sont gagnants. C’est insupportable. Que dire des indépendants dont le taux de prélèvement passerait de 14 à 28 % ?

 

La réforme voulue par le président de la République ne pousse-t-elle pas vers la prédominance de la retraite par capitalisation prenant le pas sur le système par répartition ?

Le régime comprend trois niveaux : la base, la complémentaire pour tous les salariés et la plupart des indépendants et le plan épargne retraite, donc la capitalisation. Je suis l’auteur de l’amendement qui étend tout ce qui existe pour les salariés aux agents des trois fonctions publiques. Il faut la même chose pour tous. Le schéma que je propose respecte le passé, les droits acquis et l’histoire sociale française. Le régime universel, lui, tend les relations entre les Français.

 

Comprenez-vous qu’ils soient dans la rue ?

Cela ne m’étonne pas. Le concept de régime universel était la position du président pendant la campagne en 2017. Elle est une erreur. Ce qui se passe le démontre. Ce n’était pas comme cela qu’il fallait prendre les choses. Il fallait privilégier le régime unique à points avec extinction des autres et étendre, par négociations avec les partenaires sociaux, le régime complémentaire à tous les salariés. C’était respecter la démocratie sociale. Il ne faut pas que tout vienne d’en haut, de l’État.

 

Faîtes-vous grief d’un défaut de méthode de la part de la mission Delevoye ?

Ma critique fondamentale en opposition au gouvernement serait celle-ci : sa réforme est l’expression de quelqu’un qui ne connaît pas comment s’est construite la branche retraite depuis le XVIe siècle. Il faut rappeler que le premier régime était celui des marins. Le système n’est pas né en 1945. On ne construit pas à partir de zéro. Les Français ont le sentiment, qui est fondé, que l’évolution du système ne fait qu’accroître les inégalités.

 

Source : L'Union.

Partager :  

Autres Actualités

23/01/2020
"Si la mesure Reste à Charge 0 (RAC0) est séduisante et décrite comme un meilleur accès aux soins, elle a aussi des conséquences négatives sur les entreprises et sur le maintien de professionnels d'optique, de l'audition et des soins dentaires sur les territoires."
22/01/2020
Loïc Hervé, sénateur de Haute-Savoie, interroge le Premier ministre sur les tensions sociales et les exactions qui en découlent notamment lors des manifestations contre la réforme des retraites. "Monsieur le Premier ministre, il est temps d'apaiser ce climat, à la fois expression de la souffrance...
18/01/2020
Crise entre l'Iran et les États-Unis, feux en Australie, pacte vert, simplification des démarches administratives pour les TPE/PME, campagne européenne de lutte contre le cancer... Notre député européenne Nathalie Colin-Oesterlé fait le tour de l'actualité au Parlement européen.