18.04.2020

Charles de Courson : "La commission d’enquête va avoir beaucoup de travail."

 

Notre député Charles de Courson, également vice-président de la commission des finances à l'Assemblée Nationale, a accordé un entretien au journal La Croix dans lequel il nous fait part de son quotidien de parlementaire en cette période de crise sanitaire. 

 

"Le confinement, je l’ai tout d’abord vécu pendant cinq jours à l’Assemblée nationale. J’ai fait partie de celles et ceux – environ 25 – qui sont restés sur place, à raison de trois députés par groupe, pour voter la loi de finances rectificative pour 2020, puis les mesures d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19, et enfin le petit texte de loi organique qui suspend jusqu’au 30 juin les délais prévus par la procédure de question prioritaire de constitutionnalité (QPC).

 

Plus rien ne fonctionnait, mais nous pique-­niquions tous ensemble, quand il faisait beau, dans le petit jardin de la présidence. Nous avons tous pris ça avec beaucoup d’humour. J’ai tout de même beaucoup ri avec mes collègues communistes qui me disaient : « Qui aurait dit que nous mangerions tous ensemble ? » Et auxquels je répondais : « Vous voyez, tout arrive… »

 

Personnellement, étant un vieux célibataire, sans enfants, je n’ai pas tous les soucis et contraintes de certains collègues, notamment les plus jeunes. Je ne suis pas non plus un inquiet qui a peur de mourir, qui a peur de tout… Je ne connais pas ce sentiment-là. Après les cinq jours de confinement à l’Assemblée, je suis rentré chez moi, dans la Marne, dans la nuit du dimanche 29 au lundi 30 mars. Je travaille par téléphone, avec mes assistants, par téléconférence avec mon groupe politique. Je fais la même chose, dans mon département, avec le préfet, une fois par semaine, ou avec Mme la maire de la commune où je suis conseiller municipal (Vanault-les-Dames), ou encore avec le président et quelques membres du bureau de la communauté de communes, afin de faire fonctionner les services publics locaux. Au conseil départemental, nous avons tout annulé, sauf les téléconférences.

 

Nous recevons, par ailleurs, beaucoup de coups de téléphone : des concitoyens qui n’arrivent pas à revenir de l’étranger, des entreprises qui ne savent pas comment faire appel aux mesures d’urgence, des personnes qui ne savent plus comment se faire payer leurs prestations sociales en espèces du fait de la fermeture des guichets de La Poste, parce qu’elles n’ont pas de carte de crédit… Malgré tout ce bouleversement, nous continuons à vivre. Même si de nombreux collègues ont été contaminés, notamment lors de la campagne du premier tour des élections municipales ou lors du dépouillement des votes. Nous venons ainsi de perdre un ancien conseiller départemental et maire de sa commune que j’aimais beaucoup, un ancien socialiste.

 

Cependant, je m’occupe aussi de la maison de retraite de ma commune, les personnes âgées privées des visites de leurs familles étant très désorientées et bien sûr particulièrement vulnérables. Le conseil départemental de la Marne a pris le taureau par les cornes en dotant ses quelque 220 établissements médico-sociaux de masques et de lotion hydroalcoolique. Ce n’est pas l’alcool qui manque chez nous, puisque nous avons deux usines de production sur notre territoire. Le département a fait ce que l’État n’arrivait pas à assurer, en demandant à l’agence régionale de santé (ARS) de lui donner délégation pour agir.

 

Aujourd’hui, je suis touché par les dysfonctionnements publics, les lenteurs, les problèmes des médecins, par exemple. Les deux médecins de la maison de santé de mon village ont réussi à avoir des masques parce que le centre d’exploitation chargé des routes départementales avait des masques de protection contre les produits toxiques et les leur ont donné. Sinon, ils n’en avaient pas. De même, le pharmacien de mon village m’a dit que, comme les 180 autres pharmacies de la Marne, il est parfaitement capable de faire du gel hydroalcoolique, à condition d’avoir de l’alcool… À l’hôpital de Vitry-le-François, où je suis membre du conseil de surveillance, nous avons réussi à ouvrir 18 lits supplémentaires, puis 27. En réalité, je vis ce confinement dans l’action, car les problèmes sanitaires, sociaux et économiques ne manquent pas.

 

Autour de moi, je vois des réactions très diverses. Il y a celles et ceux qui vivent la situation avec sagesse, il y a les angoissés, ceux qui dépriment. Les personnes âgées ont, en particulier, des difficultés psychologiques, d’autant qu’elles sont objectivement les plus menacées. Beaucoup regardent en continu la télévision, où sans arrêt on parle de ça… Il faut rendre hommage à celles et ceux qui gardent leur calme, notamment les médecins, tout le personnel soignant et toutes les personnes d’aide à domicile dont on parle trop peu et qui ont travaillé sans protection dans un premier temps. Il y a d’ailleurs, là aussi, une défaillance, mais on verra ça plus tard, car ce n’est pas le moment.

 

Notre pays souffre du caractère hégélien de notre État, ce qui est encore plus grave que d’être seulement un État centralisé. On pense encore que l’État est l’incarnation de la raison dans l’histoire. Tous les totalitarismes sont nés de cela. Plus conjoncturellement, nous avons obtenu une commission d’enquête, à l’Assemblée nationale, pour répondre à quelques questions sur l’origine de l’impréparation du pays à une pandémie ; sur la disparition des stocks de masques, de blouses et de combinaisons ; sur un éventuel retard dans les décisions politiques de lutte contre la pandémie ; sur la stratégie du confinement en l’absence de tests de dépistage massif ; sur les relations entre l’expertise scientifique et la responsabilité des politiques ; sur la gestion de la crise économique et sociale… La commission d’enquête va avoir beaucoup de travail.

 

Plus largement, quand j’ai vu la photo officielle du nouveau président de la République, le 29 juin 2017, avec l’horloge de la salle du conseil des ministres bien en vue, symbolisant l’affirmation répétée d’Emmanuel Macron qu’il est « le maître des horloges », je me suis dit qu’il allait apprendre que nous ne sommes pas maîtres du temps. Seul Dieu est maître du temps ! Dans toute vie humaine, individuelle ou collective, des événements – positifs autant que négatifs – arrivent sans même avoir été imaginés. Tous ceux qui ont cru qu’ils étaient les maîtres du temps ont connu de graves déboires dans leur vie. Il faut avoir l’humilité de comprendre que ce qui nous arrive, notamment en politique, est ce que nous n’avons pas même pensé. Relisons l’Ecclésiaste, le Qohéleth. Pas tant pour le célèbre « Vanité des vanités… », mais plutôt pour son « Rien de nouveau sous le soleil ».

 

Je n’ai pas connu la débâcle de 1940, mais ceux qui l’ont connue trouvent un écho de cette période dans la crise d’aujourd’hui. Pourtant, ce n’est pas une « guerre ». Pour moi, ce terme est tout à fait inadapté et ne peut faire que monter un peu plus un désarroi chez les personnes âgées qui ont connu l’exode, surtout dans l’Est. Dans l’histoire, des pandémies ont fait d’autres ravages. La dernière, la grippe espagnole, en 1918 et 1919, a fait 50 millions de morts en Europe.

 

On trouve, aujourd’hui, les mêmes réactions, le sublime et le sordide, comme toujours dans l’espèce humaine. Le sordide : ces gens qui vont voler dans des hôpitaux des caisses de masques qu’ils revendent au marché noir, ou aussi ces imbéciles qui ont placé des petits panneaux dans leurs immeubles à l’encontre de leurs voisins soignants en leur demandant de « dégager » pour ne pas les contaminer.

 

Et puis, il y a le sublime : tous ceux qui s’occupent des malades, en n’étant pas ou peu protégés, et dont certains ont été contaminés. Du point de vue de l’histoire, nous redécouvrons toujours le même schéma. L’épisode de la peste marseillaise, en 1720, est presque un modèle. Dans un premier temps, on dit : « Ce n’est pas grave du tout. » Après, on se réveille, avec un certain délai, sans oser prendre des mesures radicales. Puis on instaure un confinement total, on construit un mur à travers les monts de Vaucluse… Il y a de quoi remettre à nouveau en cause ce grand mythe que nous sommes les maîtres du monde, que nous avons remède à tout, que la science et la médecine nous rendent quasiment éternels."

 

Source : La Croix

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