11.07.2018

Catherine Morin-Desailly : "L'audiovisuel public doit construire un modèle alternatif à celui de l'Internet".

Catherine Morin-Desailly, sénatrice de Seine-Maritime et Présidente de la Commission culture, éducation et communication au Sénat, revient dans Le Figaro sur la frontière de plus en plus floue entre les programmes proposés par l'audiovisuel public et ceux des chaînes privées. Mais aussi sur les questions que cela engendre, notamment celle de l'intérêt à payer encore une redevance ou la capacité de l'audiovisuel public à proposer une offre alternative à celles des Gafa.

Article ci-dessous :

 

L’audiovisuel public ne se distingue pas suffisamment du privé

 

Le Sénat a commandé un sondage qui va nourrir le débat sur la réforme du service public.

AUDIOVISUEL L'audiovisuel public doit réaffirmer d'urgence sa différence. C'est le message que tentera de faire passer ce jeudi le Sénat, lors de son colloque intitulé « Comment réenchanter l’audiovisuel public à l’heure du numérique ? » Un sondage réalisé par Opinion Way à la demande de la Chambre Haute montre que pour les Français, la frontière entre médias publics et privés devient de plus en plus floue.

La preuve : si 87 % des plus de 65 ans identifient France 2 comme une chaîne de service public, quasiment un jeune adulte sur deux âgé de 18 à 24 ans fait la distinction inverse. Mieux : 28 % de cette frange de la population pense que TF1 est un média public ! Ils sont encore 14 % à ranger dans cette catégorie M6, et même 10 % à estimer que NRJ12, largement dédiée aux programmes de téléréalité n’est pas une chaîne privée… C’est dire à quel point le service public est aujourd’hui perçu comme un grand fourre-tout.

FILMS ET SÉRIES IDENTIQUES Trois raisons expliquent principalement la confusion actuelle. En premier lieu, « la course à l’Audimat a conduit à une homogénéisation des programmes », analyse Catherine MorinDesailly, la présidente de la commission culture du Sénat. À titre d’exemple, seul 40 % des sondés jugent que l’information en provenance des médias de service public est différente, contre 57 % qui la trouvent au contraire similaire. De la même manière, plus de la moitié des personnes interrogées assurent que les séries, les films et les divertissements proposés par l’audiovisuel public s’avèrent identiques à l’offre du privé.

Second facteur, le manque d’indépendance réel ou supposé de l’audiovisuel public vis-à-vis du pouvoir politique en place, selon une majorité de sondés. Enfin, en raison de la présence publicitaire sur les antennes, « beaucoup ont le sentiment que les patrons du privé ainsi que les grandes entreprises ont une influence sur les médias publics, commente Catherine MorinDesailly. Les entreprises publiques n’étant pas vraiment incarnées, cela renforce d’autant les interrogations sur son manque d’indépendance. La suppression de la publicité après 20 heures décidée en 2009 a été une demi-mesure. Il n’y a pas eu de clarification forte ».

Résultat : si les missions du service public sont bien identifiées par les Français, dans les faits, le lien se délite. Seulement 56 % des Français sont satisfaits des programmes proposés par le service public. Alors qu’en Angleterre, cette proportion grimpe à 86 %. « Les Britanniques nourrissent un attachement affectif vis-à-vis de la BBC. Leur lien est quasiment d’ordre patrimonial », estime le sénateur (LR) Jean-Pierre Leleux.

DOUBLE PEINE Si demain, l’offre audiovisuelle publique française ne retrouvait pas sa spécificité, cela pourrait faire peser un risque sur son financement. Pourquoi consentir à payer une redevance si chaînes privées et publiques sont indistinctes ? « Alors que la frontière entre offre privée et publique s’estompe, les Français ont très clairement le sentiment de subir une double peine. Ils s’acquittent toujours d’une redevance alors que la publicité n’a pas été totalement supprimée. Si la publicité doit rester, ils demandent à payer moins, voire à ne plus payer du tout. Si la redevance est maintenue, ils ne souhaitent plus de coupures publicitaires. En somme, ils veulent sortir de la double peine », assurent Jean-Pierre Leleux et Catherine Morin-Desailly.

Concernant le financement de l’audiovisuel public grâce à la manne publicitaire, un élément du sondage devrait attirer l’attention de l’État actionnaire. Les Français se disent en effet « massivement opposés à l’idée de voir apparaître demain des publicités ciblées dans leurs programmes, via la captation et l’exploitation de leurs données personnelles. Ils y voient une mesure contraire à l’esprit du service public », insiste la présidente de la commission culture du Sénat. Un sérieux problème, alors que le ciblage se profile comme l’avenir du secteur publicitaire.

Alors que le service public est de plus en plus attaqué par des géants mondialisés tels que Neftlix, l’effort doit porter « sur ce qui forge sa spécificité, au prix peut-être d’une diminution de l’audience », considère Jean-Pierre Leleux. « Il ne s’agit pas d’être en opposition frontale avec les Gafa, mais de construire un modèle alternatif à celui de l’Internet, fondé sur la captation de l’attention des utilisateurs », résume Catherine Morin-Desailly

Source : Le Figaro du 12 juillet 2018

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